Bon , d'accord, nous avons pédalé, pédalé et encore pédalé sans écrire… Veuillez nous en excuser !!
Petit récapitulatif de nos turpitudes sur l'altiplano.

Nous décidons de rejoindre Pasto en quittant la panamericaine : à peine plus de kilomètres, des montées un peu plus accentuées mais beaucoup moins de trafic. Somptueux ! Les paysages sont magnifiques, magiques… Nous voyons les vallées s'ouvrir au détour d'un col, à la fin d'une ascension  et c'est toujours un moment particulier que de pédaler là, au milieu de cette chaine de montagne, dans l'immensité… après les cols, c'est toujours pareil : on admire la vue, on en profite, on récupère. Ensuite, il faut lutter contre les bourrasques de vent, ne pas se laisser entrainer par la vitesse au risque de ne pas pouvoir freiner a temps pour éviter les glissements de terre qui encombrent toute la chaussée ! Lucas devient de plus en plus sur de lui et c’est éprouvant de le voir se pencher dans les virages, chercher l'aérodynamisme pour rattraper sa tata, faire la course avec les moto taxis !

Nous nous faisons doubler par un couple de cyclo partis depuis l'Alaska. 17000 km à leur compteur. Lucas est envieux mais Vince lui tape dans la main et lui dit que ce qu'il fait c'est génial !

 

Entre les pauses du peloton de tête, la marche à pied d'Alix quand vraiment je n'en peux plus, les cadeaux du jour, les cowboys qui transfèrent le bétail, les encouragements du bord de route, un repas offert alors qu'il n'y a rien d'autre que la route qui grimpe, les découragements face aux indications que l'on nous donne, nous arrivons aux portes de Pasto. Nous aurons juste pris une mini camionnette pour faire 15km, les articulations et le moral en berne… Les émotions sont multiples dans ces moments là : soulagement, réconfort puis peur : la porte arrière s'ouvre dans les virages (nombreux et serrés), et entassés comme nous le sommes nous avons peur que l'un de nous se retrouve sur le bitume ! Dans ces cas là, les journées comptent triple !

Pause d'un jour pour faire une petite virée au canyon de Juanambu que nous avons aperçu dans la montée. En 1810, les espagnols se retrouvent bloqués et mis en déroute par les hommes de Bolivar. Nous grimpons jusqu'au mirador creusé dans la falaise et imaginons aisément les attaques de pierres et de canons depuis les hauteurs du canyon ! En 1866 un architecte italien commence la construction d'un pont enjambant la rivière : il rencontrera beaucoup de difficultés, manque de matériaux, conditions climatiques… et le pont sera plus grand et plus long que prévu ! Il ne résistera pas longtemps aux attaques du courant et il ne reste aujourd'hui plus qu’un bout d'arche…

 

 

A Pasto, nous sommes accueillis chez les parents de Marcela de la Casa de la bici de Popayan pour une semaine tout confort ! Ils commencent par nous installer l'eau chaude et nous finirons choyé comme leurs propres enfants ! Visite a la Laguna de Cocha, un village aux allures de bout du monde avec des maisons en bois sur pilotis, des barques, une température de 7 degrés… Nous allons tous les jours dans l'école de San Pedro la Laguna, petit village voisin de Pasto, ou nous faisons un atelier conte. Les élèves sont enjoués, curieux, nous posent des milliers de questions, prennent Lucas et Alix pour des jeux endiablés … Les échanges vont bon train avec l'équipe pédagogique également, c'est un vrai plaisir que de partager ces moments !

 

 

Petite grimpette sur le volcan Azufral à 4000m. Le temps est blanc, le vent nous pousse et cherche a nous faire tomber, coupant le souffle d'Alix ! Un peu fatiguée, elle nous annonce « c'est malin de vouloir faire comme votre père, aussitôt qu'il y a un volcan, il faut que vous montiez dessus ! » Lu galope devant, il teste ses nouvelles chaussures. Seuls au monde, nous descendons dans le cratère, plongeons nos doigts gelés dans la rivière a 70 degrés par endroits ! L'odeur de souffre est caractéristique, le décors est lunaire, et de la Laguna Verde nous ne verrons pas grand chose … Mais suffisamment pour apprécier la couleur verte de l'eau, le jaune des cailloux et assez pour nous sentir explorateurs !

Nous terminons notre périple colombien à Ipiales et au sanctuaire  de Las Lajas. Encore un monument impressionnant, coincé entre 2 falaises… Nous sourions en regardant les vendeurs de bouteilles, il y a du Lourdes dans l'air !

Nous avons fait durant ces quelques semaines, des découvertes gustatives : mazamorra (boisson de lait et mais), lait-brandy, glace au fromage, mamonzillo (fruit cousin du litchi, le gluant en plus !), glace de Paila, ovaldre (comme un pain pita frit ou des beignets salés), banane grillée au fromage, aguardiente chaude au fruits rouges … Mais quitter la Colombie sans avoir goute au Cuy aurait été un affront ! Outre le fait que la prononciation nous fait grandement rire et occasionne des jeux de mots légers, le manger est une autre affaire… Le cochon d'inde est empalé sur un pic et rôti, au bord de la route, seul ou en masse avec des broches perfectionnées, et nous ben… on reste avec nos regards d'européens, l'animal de compagnie et ça nous fait bizarre… Finalement, pas de grande révolution gustative pour Philippe et moi. Très fin, proche du hérisson pour mon manouche de mari, je pose mon cerveau pour gouter du bout des dents !

 

Le passage de la frontière se fait tranquillement, au rythme de la file d'attente… Nous côtoyons des Vénézuéliens tentant de vivre autre choses, des vendeurs, des familles, des touristes en bus, voiture, en vélos… Et nous sommes en Équateur ! Halte dans la ville frontalière, Tulcan, et visite du cimetière réputé pour ses sculptures de cyprès. Les montagnes, pour ne pas changer, nous amènent à pousser notre record d’altitude en vélo : 3300m. La descente n'en fini plus et la chaleur revient avec… les moucherons assoiffés de sang !! Pédaler en se tapant les jambes, les bras, veiller à ne pas se faire piquer n'est pas de tout repos !

Peguche et sa cascade, Cayambe et les processions musicales, Guayllabamba et le luxe des pompiers, nous passons dans l'hémisphère sud juste avant notre arrivée – infernale – a Quito. Notre dernière étape équatorienne aura été bien éprouvante : montée de 25km, tu crois que tu as fini mais non ! Encore 10 km dans la ville, 3 voies à gauche, 2 voies à droite, des voitures partout, une mini tornade qui nous accueille … « Je déclare Quito comme la pire entrée de capitale ! » lancera Marjo. On se remet de nos émotions avec une bonne glace de paila, cornets faits maison et nous nous posons spour 3 jours a l'hôtel Zentrum pour faire la mise à jour de la lessive et des articles, trouver les billets de bus et visiter cette capitale perchée a 2900m !

 

 

 

Dans la vallée, lala, de Cocoa, tralilala… hum hum, bref…

Depuis Medellin, nous décidons de partir en direction de Pereira et de bifurquer sur Salento, la porte de la vallée de Cocoa. Pour y aller, nous sommes passés par Irra et la route pour Irra, elle est … en pointillée ! Ces nuits, la pluie tombe, nous épargnant certes mais ne faisant pas de quartier avec les travaux routiers des hommes ! Elle emmène à chaque fois, un petit bout-ou gros bout- de route, obligeant les utilisateurs à rouler alternativement à gauche puis à droite, sur les zones qui n’ont pas été emportées… Les travaux vont bon train tout du long, les hommes dans les fossés consolidant la première couche avec des sacs remplis avec de la terre ou du sable. Incroyable… Et les gens sont patients, malgré un bouchon de plusieurs heures ! Non, nous ne frimons pas (trop) en remontant les files de camions, voitures, tout ce monde prenant son mal en patience… Aucun klaxon durant les 30 kilomètres de véhicules à l’arrêt !! Et au milieu, un petit péage… Toujours payant malgré les intempéries ! Incroyable… Nous nous faisons éclabousser, arroser, applaudir, crier dessus « no mira, no mira, rapido !!» lors des zones ‘attention, chute de pierres’. Nous arrivons donc à Irra, crottés, trempés, et squattons chez les pompiers pour un décrassage général et une nuit de tente à l’abri.

 

Pour Salento, c’est facile, on tourne à gauche et on monte dans la montagne ! Avec de la fièvre et une espèce de grippe/rhume/rhino, Marjo est en mode galère !! Même les « cadeaux du jour » (sachet de cacahuètes, nouvel oiseau tout beau) ne lui redonneront pas la pêche ! Elle finira les 5 derniers kilomètres arc-boutée sur son vélo délesté de ses sacoches, frissonnant malgré le soleil et l’effort à fournir…

 

Arrivés à Salento, nous plongeons dans les touristes arrivant en vague de bus, jeeps, chevaux et pour cause, le village est réputé pour ses fiestas, « traditions et culture »! C’est que nous n’avons pas l’habitude d’être noyés comme ça ! Alors on se transforme en couleur locale : on prend une Willys (jeep) pour aller au départ des balades. Toute la journée, nous crapahutons à la recherche des célèbres Palma de Cera, uniques en Colombie et dans cette région de Quindio. Ils sont remarquables grâce à leurs troncs sans fin, atteignant 60m de haut pour certains, pouvant pousser jusqu’à une altitude de plus de 4000m. Pour savoir leur âge, pas besoin de les couper pour lire leurs sillons : il suffit de prendre une échelle et de compter les petites bandes noires présentes tout le long du tronc, un trait = un an. Les plus vieux vont jusqu’à 70 ans. Nous franchissons le torrent à maintes reprises, découvrant des ponts de singe, népalais ou juste en rondins, en totale décontraction ! Lucas aide Alix à passer sur les pierres glissantes, juste le temps de nous dire qu'ils étaient bien mignons comme ça, et Alix se retrouve les pieds sur la pierre mais les bras dans l'eau ! Petite frayeur me transformant momentanément en cheval puis carrosse, juste pour l'ultime ascension du mirador.

 

 

 

 

Après une rando de plus de 12 kil, nous regagnons le lieu de départ, nous replongeant dans la mer touristique, les stands de chevaux tous les 100m… 3€ l’heure, ça vaut le coup ! Mais nous votons à l’unanimité une journée de repos, sans rien faire, pas de marche, pas de transport, pas de visite de petit village tout mignon, rien… enfin, sauf : l’école, la lessive, le trajet, le mirador, le coucher de soleil, la découverte de nouveaux gouts (forcha…) la routine quoi !

 

Après ces quelques jours de ‘repos’ vélocipédique, nous reprenons l’asphalte et son lot de rencontres, de surprises, souvent remplis de ‘chaudoudoux’ : un paquet de potcorn au miel, 4000 COP pour des tintos, des tours de roues avec nous… Parfois, nous débarquons dans des leix se rapprochant de la cour des miracles ! Impressionnants tous ces gens borgnes, édentés, déformés, bardés de tics. Une attitude commune les anime : leurs sourires de bienvenue, leurs débit de questions… Mon incompréhension est risible quant à l’espagnol colombien sans dentier !

 

Nous tentons de rallonger les étapes, parce que « maintenant que nous sommes sur du plat, on peut envoyer, non ? », Marjo s’ennuie. Nous arrivons en début d’après midi dans des bourgades plus ou moins peuplées, arhumées, avec des sorties enfantines du style : « woa, on a forcé le régime là ! » de Lucas, les joues vanille/fraise, « moi, j’ai même pas mouillé le tee-shirt ! » d’Alix…

 

Sous la protection de Jésus depuis quelques jours (cadeau du jour), nous avançons complètement rassurés, nous sommes au pied des montagnes, tout droit vers Popayan !

 

Arrivée à Popayan… Après quelques grimpettes bien longues, bruyantes, tendues, usantes et une chaleur sympathique ! Sur la route, Marcelo (sa débroussailleuse) et Laurena nous invitent dans leur finca pour la nuit : pas évident de repartir tôt le lendemain, alors c'est avec plaisir que nous nous donnons rendez-vous à Popayan pour une virée aux sources chaudes de Cocomuco.

A peine arrivés a la Casa de la Bici, chez Shannon et Marcela qui nous hébergeront, nous voilà donc repartis en direction de la montagne avec nos hôtes de la veille. Le climat est tendu entre indigènes et propriétaires des sources. Si les premiers revendiquent leur appartenance aux terres d'altitude souhaitant les laisser “libres” (pas de culture, pas de bétail, pas de tourisme) mais aussi bénéficier de l'apport économique issu de l'accès aux eaux chaudes, les seconds sont détenteurs d'actes de propriétés et désirent continuer à exploiter les richesses présentes ! Résultat : prise de position et lutte à coup de cailloux, blocage de route avec quelques hordes de CRS locaux. La route est bloquée, nous ne pouvons accéder aux sources et nous nous replierons sur un restaurant libanais.

 

Tranquillement, nous arrivons dans le trafic urbain, avec tout de même, un peu l'appréhension …

Le souvenir de Bogota et de son trafic est encore bien présent dans nos esprits ! Et la, surprise ! Pas forcement de klaxon, de slalom d'une file à l'autre… C’est la cohue qui nous accueille : nous traversons la ville du nord au sud, commençant par les quartiers plus populaires et les rues dédiées aux motos et aux vélos, impressionnant ! Plus de place pour passer sur la piste cyclable, une des 2 voies est réquisitionnée pour le stockage du matériel, les vendeurs se mettent dans le carrefour pour arrêter les voitures ! Il nous faut être réactifs pour garder le cap et notre orientation !

 

Détendus, nous flânons, faisons les courses, pendant qu'un orage s'abat sur la ville. Ne devant faire que 2 km, nous enfourchons nos vélos pour un dernier effort… arggg, la nuit tombe, la route est mouillée et … notre hôte habite dans la montagne qui surplombe Medellin ! Belle vue mais quel effort ! Impossible de passer, même en poussant le vélo tout seul, il faut s'y mettre à deux !

Nous restons 3 jours, visite du jardin botanique, de la maison de la culture, on prend le métro dans un sens, dans l'autre.

 

 

 

Pendant notre journée filles, nous partons à la découverte du quartier 13 : réputé pour sa violence, les jeunes ont souhaité troquer les armes contre les pinceaux, la drogue contre les paroles.

 Petit à petit, des fresques ont envahi les murs, des chants se sont élevés et les habitants ont réussi à repousser cette guerre avec des fleurs. Désormais, ces entrelacs de ruelles se découvrent le nez en l'air, les yeux rivés sur les différents styles de graff, les pieds courageux empruntant les escaliers, les autres le premier escalator de quartier !!

 

 

 

 

 

 

 

Sautant dans un bus, nous partons à quelques dizaines de kilomètres découvrir la lagune de Guatape, les zocalos peints sur les soubassements des maisons leur apportant style et caractère en fonction des personnalités des propriétaires.

 

 

 

 

Afin de voir les îles se dessiner par les bras aquatiques, nous prenons de l’altitude en gravissant 740 marches pour monter sur le dos du seul monolithe de la région : el Penol, haut lieu touristique !

Nous reprenons la route direction Cali… sur nos vélos, nous allons pouvoir reposer nos pieds fatigués !