Sur la route, le moyer (le port) s’éloigne au rythme des trous et nids de poules. Avec les déluges nocturnes, la route se détériore de jours en jours. Mon regard guette le ponton jusqu’ à San Pablo, les maisons faites de bric et de broc en premier plan, donnant un aspect de bidon ville sur fond paradisiaque. Dans ce décor, une grande mère se lave les cheveux au bord de la route…

Peu de temps après, dans un virage, les restes caillouteux d’une rivière asséchée. Les méandres sont accentués par le travail de titan des jeunes et moins jeunes, creusant le sol pour en extraire le sable. Des tamis posés tous les 20m, des guérites de fortunes bâchées, des sacs remplis a ras bord, des enfants peinant sous le poids, j’ai l’impression d’être devant une mine. Un battement de paupières plus tard, le paysage fait place à la forêt abrupte, aux cannes de mais, aux avocatiers gigantesques au milieu des cacaotiers et autres bananiers. Des petits fagots de bois disposés au bord de la route nous rappellent que le feu est vital dans bien des familles, la cuisine se faisant dessus.

Aux dernières nouvelles, Marjolaine et moi nous nous étions transformées en pingouins… Les cuisses remises nous avons pu gambader dans les ruelles de San Juan La Laguna pendant 2 semaines. Les rues sont à l’image du décors qui nous entoure : renversantes ! Un dénivelé à faire peur, chaque pas nous vidant de tout notre air si la cadence est trop rapide ! Au moins, les boutiques accrochées à la rue principale sont bien placées : les touristes qui montent prennent le temps d’admirer les tissus et autres œuvres d’art du village.

Chaque village a ses propres couleurs vestimentaires, nous le découvrons lors d’un dimanche de balade autour du lac. Si San Juan est rouge, San Antonio Polopo est bleu. Ce dernier vit au rythme du tissage. Chaque boutique a son métier à tisser, 7 ans d’apprentissage ! Je reste impressionnée par la dextérité de ces femmes, assises ou à genou, à faire courir ou voler les fils, sans faire un seul nœud, sans écart entre les fils, créant les motifs au fur et à mesure. Tout un langage qui ne veut pas s’imprimer en moi ! Je ne sais pas pourquoi je reste autant hermétique aux paroles des fils et aiguilles … Les vendeurs sont plus accrocheurs et les propositions de prix influent en fonction du nombres de pas : plus tu t’éloignes plus le prix baisse ! Au milieu des couleurs, des habits traditionnels, des nappes, des bracelets … Difficile de voyager en vélo ! La frustration est grande et pas toujours acceptée de la part des enfants…

Des billes noires pleines de malices, de beaux sourires, des histoires incroyables, qu’il est bon de partager avec les petits mexicains !

 

Leur enthousiasme et leur compagnie nous vivifient, changent notre quotidien et permettent à nos 2 petits loustics de se confronter à une réalité bien différente de la leur.

Ont-ils le temps de jouer quand ils rentrent chez eux ?

A quoi jouent-ils dans la cour de récré ?

A quelle heure vont-ils à l’école ?

Comment se passe l’enseignement ?

Nous inaugurons le kamishibai ambulant à Yanhuitlan au sein de l’atelier Yivi où Pedro et Luisa, 2 amis, donnent des cours de dessin et de théâtre aux enfants de la communauté. Ils nous accueillent, nous ouvrent les portes de leur atelier et nous accompagnent dans l’aventure…

Une fois les dernières démarches administratives mexicaines effectuées, nous partons à l’assaut de la frontière, perchée en haut d’une cote de 8km et plus. Un signe de ce qui nous attend dans ce nouveau pays !

Messilla, la frontière, une rue où les boutiques débordent dessus, transformant la remontée en véritable épreuve de slalom géant ! Le spectacle est incroyable, un brouhaha permanent, un flux de bus bruyant et incessant, une activité commerciale maximale.

Nos passeports tamponnés, nous prenons la direction de Huehuetenango, à 90km, mais de montées uniquement. Notre première étape à la Démocracia permettra à Anne-Laure et Marjolaine de partager nos contes avec des agents de la municipalité. Depuis quelques semaines, ces derniers tentent de sensibiliser les enfants à leur environnement, en utilisant les dessins muraux, les groupes de travail sur le tri des déchets, des journées thématiques… Ils les interviewent et prennent des clichés des histoires, écoutent les résumés… Quelques heures plus tard, nous sommes installés dans le « salon », salle polyvalente locale !

Après 2 jours, toujours de montées bien entendu, nous arrivons à Huéhué. Au programme, visite de la ville, montée au mirador, mais en taxi cette fois ci !

Une nuit agitée pour Lucas et son estomac (fraiche pour moi, les 2 pieds dans la rivière en train de faire la lessive) retardera notre départ pour Quetzaltenango. Une fois l’épisode terminé, nous reprenons la route, laissant derrière nous des amitiés Canadiennes et des jeux enfantins sans frontière. Et comme les bonnes habitudes sont dures à perdre, nous montons et montons encore.

Mais tout ce qui monte doit un jour descendre !

 

Par où commencer … le temps semble s’accélérer à l’approche de la frontière. Est ce du aux découvertes, aux couleurs du Chiapas, aux montagnes, aux rencontres ? Les compteurs des vélos n’augmentent pas de façon significative et ne nous indiquent pas les kilomètres de richesses humaines accumulées !

A notre retour de la mizteca et des au-revoir difficiles avec la famille d’Honorio, nous sommes attendus à Nochixtlan chez Guadaloupe, cycliste nous ayant accompagné jusqu’à Tilantongo. Il nous ouvre grandes les portes de sa maison et de son cœur : nous sommes chez lui chez nous nous répète il !  S’inquiétant de ce que mange un français, il a passé quelques temps sur internet, et s’assurera de ses trouvailles avec nous avant d’aller faire les courses : « en toute confiance, dites moi si ça va… »  Le soir, une équipe de TV débarque et fait un reportage pour la chaine locale. La journaliste s’exercera a nous parler français, appris au Quebec !! Trop drôle ! Journée à rallonge, placée sous le signe de la rigolade, ‘en toute confiance’ et décontraction !

Un petit saut de bus plus tard, nos estomacs s’en souviennent encore, nous débarquons dans le dernier état du Mexique, le Chiapas, où nous guettent les montagnes, le canyon de Sumidero, San Cristobal De Las Casas, Tzajala et la communauté Ha’Omekh’Ka, Chichihuistan et la famille de Rodrigo, les cascades de Chiflon, les lacs de Colons … et la frontière avec le Guatemala.