Par où commencer … le temps semble s’accélérer à l’approche de la frontière. Est ce du aux découvertes, aux couleurs du Chiapas, aux montagnes, aux rencontres ? Les compteurs des vélos n’augmentent pas de façon significative et ne nous indiquent pas les kilomètres de richesses humaines accumulées !

A notre retour de la mizteca et des au-revoir difficiles avec la famille d’Honorio, nous sommes attendus à Nochixtlan chez Guadaloupe, cycliste nous ayant accompagné jusqu’à Tilantongo. Il nous ouvre grandes les portes de sa maison et de son cœur : nous sommes chez lui chez nous nous répète il !  S’inquiétant de ce que mange un français, il a passé quelques temps sur internet, et s’assurera de ses trouvailles avec nous avant d’aller faire les courses : « en toute confiance, dites moi si ça va… »  Le soir, une équipe de TV débarque et fait un reportage pour la chaine locale. La journaliste s’exercera a nous parler français, appris au Quebec !! Trop drôle ! Journée à rallonge, placée sous le signe de la rigolade, ‘en toute confiance’ et décontraction !

Un petit saut de bus plus tard, nos estomacs s’en souviennent encore, nous débarquons dans le dernier état du Mexique, le Chiapas, où nous guettent les montagnes, le canyon de Sumidero, San Cristobal De Las Casas, Tzajala et la communauté Ha’Omekh’Ka, Chichihuistan et la famille de Rodrigo, les cascades de Chiflon, les lacs de Colons … et la frontière avec le Guatemala.

 

A Sumidero, les falaises sont au rendez vous, plus d’un kilomètre de haut !! Impressionnant… Lors de l’invasion espagnole, les indigènes de l’époque préféraient faire le saut de l’ange plutôt que de se soumettre… L’écusson du Chiapas provient de ce paysage et de ce moment de l’histoire mexicaine. (ecusson) Plus de 2 heures de navigation, d’histoires, de pause touristique, laissant flotter au gré des vagues nos muscles ravis et nos têtes débranchées ! Le guide nous ayant recommandé de ne pas mettre nos mains en dehors du bateau, nous resterons un peu ‘bi-gout’ : déçus de n’avoir vu que 2 crocodiles et rassurés de ne pas les avoir vu se diriger vers le bateau !

 

San Cristobal. Sans transition. Encore un saut de bus (on ne met plus que 30’ pour tout démonter !), on remet un pull et on part à l’attaque des rues, ruelles, marchés et églises. Marjo nous guide vers El Nagual, un hôtel tenu par des amis. Les vélos remisés, nous déambulons sur les pavés, nous nous perdons sous les auvents des marchés, goutons les couleurs du jour et de la nuit de cette ville particulièrement bigarrée. Au bout de 3 jours, je n’arrive à me repérer que grâce aux fresques murales ! Acceptant cette perte d’orientation totale, je me laisse porter par les pas des sœur, enfants et époux ; découvrant le plaisir de choisir sa destination au ‘petit bonheur, la chance’ !

 

Virée à Tzajala, communauté perchée dans les hauteurs de San Cristobal, au milieu de groupements zapatistes. Si ces derniers ont fortement marqué l’histoire de la révolution mexicaine, ils s’ouvrent vers l’extérieur pour transmettre leur organisation aujourd’hui. Le temps est différent là encore. A Ha’Omekh’Ka, il y a le jardin, la rivière, la transformation du chocolat (travail du moment), la cueillette des bananes, la fabrication de moutarde, vinaigre, huiles et autres produits plutôt prisés dans certaines boutiques de San Cris, des volontaires, des familles mexicaines, le travail des pierres, … Le tout drivé par Sylviane, des projets débordant, une motivation sans pareille, une patience sage et un partage de connaissance sans limite. Nous vivons l’expérience particulière du Temazcal : sauna mexicain mais par que. Ce sont des lieux d’échanges culturels et intergénérationnel (les anciens parlent, les jeunes écoutent), de connexion avec soi même (le principe est de revenir dans l’utérus maternel et de renaitre propre, libéré de ses toxines entre autres) et avec la nature (rituel de respect et de remerciements à la Terre Mère). Pendant ce moment, il faudra franchir différentes portes : l’eau, le feu, l’air et la terre et à chaque changement, un coup de chaleur en plus ! Nous chanterons, au son du tambour et d’une sonara (famille des maracas), parlerons, et transpirerons ! Impressionnant le nombre de litres d’eau que le corps peu expulser par ses pores… Après avoir lu et entendu les bienfaits du Temazcal, les vivre est autre chose : j’ai été étonnée d’être surprise de ressentir une libération, une légèreté au sortir de cette expérience. Et le bain dans la rivière qui a suivi, a fini de nettoyer mon corps et mon esprit !

 

Repartir ne sera pas une chose facile : les enfants ont pu parler français, jouer au koala pour Alix (pour ceux qui ne connaissent pas cette facette, le principe est de se suspendre aux gens qu’elle apprécie… Laissant un souvenir de sécotine et quelques douleurs dorsales !) et construire des bateaux, moulins et barrages pour Lucas. Nous sommes toujours dans un moment de flottement dans ces cas là, ressentant tous la même chose et ayant plus ou moins de difficultés à l’exprimer, ou l’exprimant très différemment ! Généralement, on fini très souvent par un genre de pow-wow aux forceps ! Passant par les larmes en guise d’expiation … Mais comme après un orage, les mots apaisent et regroupent, transformant le poids de la tristesse en richesse de cœur légère et forte.

 

Et cette sensation, nous la vivons presque de façon hebdomadaire ! A Chichihuistan, nous rencontrons Rodrigo, Beti et leurs 3 filles, Enaja, Edurne et Mai. Marjo a sévi dans cette famille quelques années auparavant et c’est toujours avec bonheur que nous mettons des visages et des sons sur les personnes faisant partie de sa famille mexicaine !

 

Je plante le cadre : 5 kilomètres de piste, il faut passer de l’autre coté d’une montagne pour arriver au village. Pas de réseau, il faut faire 10’ de marche et savoir grimper aux arbres pour pêcher le signal. Cueillir les avocats, nourrir les poules, leur courir après le matin sera le travail de Lucas. Faire des gâteaux, escalader les arbres, jouer avec Nune pour Alix. Discussions, récolte du bois pour le feu de joie du soir, Philippe découvre le maniement de la machette avec addiction, préparation des repas, certains au four à pain, visite contée à l’école du village (69 élèves pour un enseignant), vaisselle et toilettes sèches (heu…  comment elles fonctionnent celles là ?), nuits fraiches dans un bus et balades en forêt. Et au milieu coule la vie paisible, avec en acteurs principaux, cette famille riche, douce, patiente, aimante… De quoi faire réfléchir à l’envie !

En route pour les cascades de Chiflon, nous nous offrons une étape géniale : une énorme montée de 1h pour rejoindre la route, des montagnes de part et d’autres, un dénivelé pas trop élevé et surtout une méga descente de 8 km avant d’arriver à Las Rosas. On allait plus vite que les voitures !! Nous dormons sur un terrain de sport, sous le regard vigilant et attentionné d’Inès, la policière de garde cette nuit là. Elle racontera le Chiapas, sa quiétude, la vie paisible des habitants, l’absence de délit majeur, laissant poindre avec parcimonie sa déception concernant les gouvernements qui se suivent, qui commencent quelque chose puis soit laissent en plan ou cassent pour le suivant… Au matin, une surprise nous attend : le gérant de la salle de sport, souhaitant que sa culture traverse l’océan atlantique, nous donne un masque. Ce Tancoy est typique de carnaval : tout le monde le porte sur son visage, le bloquant avec un chapeau colonial et un foulard de la vierge Guadaloupe Lupita ; celui qui le porte se moque ainsi des espagnols lors de l’invasion. Nous avons donc un passager fragile à bord de la remorque, l’objectif est de le ramener à bon port !

 

Notre chemin se termine aux cascades de Chiflon, étape plutôt difficile pour moi ! Après une baignade improvisée dans un lieu magique le matin, 2 frayeurs paternelles (Lucas tassé par un camion transportant de la canne à sucre sortant du champ sans regarder, Lucas s’envolant à 40 km/h après un franchissement de ‘tope’ et se rétablissant on-ne-sait-comment. Le garçon nous racontera son envol avec force de gestes et de fierté, ayant géré la glissade et le crissement du pneu comme un pilote ! « C’était de la peur parce que je me rendais bien compte que j’étais en train de voler et c’était de la joie parce que justement, je volais ! » C’est l’adrénaline mon enfant… Mais bon, ça tombe bien, tu es dans une famille qui ne voit pas du tout ce que l’on peut ressentir dans ces moments là… aie aie aie… ) - je reprends - on se fait surprendre par les 30° à l’ombre et pas un poil de vent. Voilà que je m’arrête en catastrophe avant de tomber du vélo : mon 1er coup de chaud… Ca fait bizarre. Nous en profitons pour nous reposer 1h. Quelques 10km laborieux, fait à coup de gorgées de coca, hummm, nous arrivons aux cascades.

Camping sur l’aire de jeux, à 2 pas de l’eau cristalline, aux pieds des 2000m de chute que nous gravirons à coup de 2600 marches… Nous nous amuserons à redescendre dans l’eau (c’est autorisé jusqu’à la première cascade), Alix se débrouillant pas mal toute seule !

Repartis en direction des lacs de Colon, nous faisons halte dans une ‘piscine’, le gérant nous proposent de dormir là, nous laissons les 50 km restant pour demain, il faudra partir à la fraiche !! Dans 4 jours nous franchirons la frontière… et ouvrirons un nouveau chapitre sur le Guatemala.