A Mendoza…

Après 37km de route plutôt vallonnée, nous débarquons à 9 à Tilantongo, sur la place du village, ne passant pas inaperçu. Une boisson avalée, nous voyons Honorio avancer vers nous, seul au milieu de la place à ce moment vide; tout le monde est sur les murs autour, qui écoutant les musiciens, dégustant une glace, jouant des pouces sur le portable, les écouteurs vissés sur les oreilles ou réparation de roue crevée (mais cette fois, ce n’est pas un de nos vélos !)

Nous quittons nos cyclistes accompagnateurs d’un jour, leur donnant rendez-vous en fin de semaine à Nochixtlan. Voyant que tous les vélos ne tiendrons pas, nous en laissons 3 en garde à un ami du village, l’occasion de boire un canon («Mais tata, pourquoi tu bois de la bière, d’habitude tu n’aimes pas ! Ah, ma nièce, c’est ça la politesse !»), puis 2, le mescal, ça passe mieux ! Pendant ce temps, les garçons sont aux courses, ou plutôt au holdup du marché : des carottes, tomates, choux fleurs, nopal, pomme de terre, bananes, pommes, piment, mangues, coriandre, radis, … mais 3kg de chaque s’il vous plait !! Et moi, je surveille le matériel restant, assise au bord de la route, comptant le nombre de fois ou le marchand de glace dans sa coccinelle blanche viens me narguer… C’est que je ne suis pas autonome des sous moi !! Lucas aura encore le temps de nettoyer le champ en contre bas de la route de toutes ses bouteilles de plastique avant qu’Honorio, Marjo et Alix ne reviennent, avec en plus 150kg de ciment, une brouette et des caisses de légumes d’autres personnes.

Et là, le chargement commence. Toutes nos sacoches se retrouvent en haut, surplombant le capot de la voiture, serrées comme des sardines :  « il n’y a rien de fragile dedans ? » Non, normalement tout est bien protégé mais quand même, j’ai mal à la sacoche ! Le vélo de Philippe, utile pour le transport de la remorque et du Kamishibai, se retrouve accroché à l’extérieur des montants en fer de la carriole et nous faisons du ‘5S’ ou tétris pour tout faire rentrer, caisses et bonhommes. Au final, 3 personnes devant, 3 enfants et 4 adultes derrières, entre le ciment, les victuailles et les bidons de gasoil qui fuient… Si nous partons le soleil haut, le froid se fait rapidement sentir : c’est que à 17h à plus de 2500m d’altitude, ça se refroidi vite ! Entre les pauses discutions, refroidissement du moteur, téléphone car il n’y a qu’à un seul endroit que cela passe sur des kilomètres carrés, pipi, marche arrière pour prendre de l’élan dans l’épingle trop serrées, les poussées de la voiture, les livraisons et dégustation de l’agua miel (eau des magueys), nous arriverons à destination à la nuit noire, 2h plus tard. Déchargement à la frontale, présentation à la famille d’Honorio, installation dans la pièce jouxtant la cuisine, repas, dodo… Debout depuis 6h avec les au-revoirs de Pedro et Luisa, la journée d’anniversaire aura été riche sous tous points de vues, sympa le cadeau Dropbox sensations intenses !!

 

Après, cette arrivée en mode tohu-bohu, le rythme est tout autre… Les journées sont en fonction de la tortilla. Le réveil est toujours calé sur 6h et quelques. Florentina allume le feu de bois, fait chauffer l’eau qui servira au lait, à la soupe, aux douches. A 7h, le mais cuit la veille est moulu (le mais séché  est pris dans la réserve, sorti de ses feuilles puis égrainé la veille) 2 puis passages dans le moulin. 30 minutes à pousser les grains contre la vis sans fin, avec les doigts. Je m’en irai, sous le rire de Florentina, ne supportant pas la vision de ses mains de travailleuses, fortes et précises, marquées par le soleil, au milieu de ce fourmillement de grains jaunes, blancs, noirs, et cette vis métallique…

La pâte résultant servira aux repas de 1j ½ …

Pendant ce temps là, Fidelia, la grand-mère est aux fourneaux, préparant la sauce piquante, le lait, la soupe… Les filles se préparent, vont acheter 4 yaourts pour le petit dej, balayent la cour. A 8h, repas des écolières : frijoles (haricots noirs), lait (poudre et eau), tortilla. Céréales exceptionnellement. Départ pour l’école, 10 minutes à pieds. Najeli ira au ‘collège’ en septembre et devra aller plus loin : 1h30 de marche aller…

 

 

Le repas continue a être préparé (soupe de légumes avec pâtes, soja et frijoles…) et vers 9h30 les adultes prennent leur petit déjeuner, à la sauce piquante. Vaisselle puis départ pour re-sortir les chèvres pour Fidelia  (Honorio les aura sorties une première fois a 6h) et reprise du taptaptaptaptap des tortillas pour Florentina pendant 2 bonnes heures. Les enfants viendront faire leur pause récré à 11 ou 12h à la maison et y retourneront jusqu’à 14h. Si les filles ont un sursis de jeu, les femmes poursuivent leurs tâches quotidiennes, lessives, maïs, animaux, repas du soir… Le tout dans une bonne humeur malgré les grimaces de douleurs dorsales ou de positions statiques (Florentina nous fera rire en se grattant le dos avec un couteau de plus de 50 cm de lame ! Honorio lui proposera de le faire chauffer pour plus d’efficacité !) Le repas du soir est pris vers 17h. Vaisselle et égrainage de maïs. Le froid arrivant vite, il n’est pas rare de poser une chaise à coté du feu pendant le thé. A 19h, tout le monde se prépare à aller se coucher et à 20h, tout le monde dort bercé aux sons des guitares de la banda « el tigre y sus sierrenos »!