Jour 1

Frais, dispos, nous tournons le dos à Uyuni. Route asphaltée, poussiéreuse par moments, en alternance avec les ‘tôles ondulées’ traditionnelles ; parfois même ensemble ! Le vent est dans nos nez mais pas trop fort. Sauf au moment du repas du soir : il soufflait toujours sur la flamme du réchaud ! Nous dormons sur un terrain de foot en sable, dans un angle de mur. A part les lamas, nous ne voyons pas âme qui vive …

Jour 2

Crevaison n°9 du tandem. Ne voulant pas réparer sur le bord de la route, nous rejoignons San Cristobal à ‘coups de pompe’ ! Les camions, tels des danseurs de ballet, vont et viennent sur la route de la mine d’argent et zinc, nous transformant progressivement en statues de sable.

Et le vent ? De face, toujours… Qu’est ce que ça sera bien au retour, le vent dans le dos !

Jour 3

Qu’est ce qui nous fait avancer à 5 km/h alors que c’est plat ? Qu’est ce qui nous pousse à marcher à coté du vélo histoire d’avancer plus vite ? Qu’est ce qui désarçonne Philippe et Alix au point de les retrouver au sol ? Le vent… Le vent souffle sur nos enveloppes corporelles, aérant nos âmes au point de les sentir défaillir…

Campement à Alota, à l’abri dans un recoin des murs de l’église.

Jour 4

1 km après Alota, nous rencontrons le sable, goûtons aux joies de l’ensablement, de la tôle ondulée secouante et glissante, le tout en traversant les courbes de niveau afin de progresser jusqu’au col. Ça monte donc. Mais pas dur. Enfin… sur une route digne de ce nom. A chaque coup de pédale, mon moral flanche. J’ai beau me dire que je suis une machine pour ne pas penser, le poids de la monture est là et je suis en galère totale au bout de 10 km (1h30). Je déclare forfait. Difficile de dire que je n’en peux plus, que je me vide de mon énergie sur ce vélo. Une petite voix annonce que c’est sage, qu’il n’y a pas de faiblesse à dire STOP. Mais je combats celle qui me dit que je me dégonfle devant une difficulté. «Il faut rester sur sa première impression, me dira Marjo, que ce n’est pas une histoire de dégonflée !»

Savoir s’écouter, connaître ses limites et les assumer serait l’apanage des personnes sages, grandies. On peut toujours dilapider son énergie physique, elle se refait, avec plus ou moins de séquelles. Mais nous ne sommes pas qu’entre adultes. L’énergie qu’il faut déployer pour et avec les enfants est autrement plus compliquée à gérer !

De dépit, d’agacement, mais mue surtout par la curiosité, je pars à pied avec Marjo voir ce qu’il y a de l’autre coté de ce col rocailleux. Il est de ces moments importants, régénérants, reposants. Après 3/4h de traversée du désert (dans les 2 sens du terme), nous débouchons sur le canyon de l’anaconda. Seules. Perchées en haut des falaises vertigineuses surplombant la rivière endormie-l’anaconda. Les couleurs passent de l’ocre au vert, le soleil réverbérant joue au flipper sur les parois, nous dégustons la quiétude du lieu au milieu des oiseaux piaillant et virevoltant au dessus de nos têtes.
Nous établissons le campement le long d’une lagune et nous sommes accueillis sereinement par les flamants roses, les oies sauvages et autres habitants du coin.

 

 

Jour 5

Plus d’énergie… Crevaison de Marjo. Pause gribouillage. Les manifestations éoliennes nous font perdre patience ! Sachant qu’il nous reste 1 mois de vélo, le corps et l’esprit ne seraient-ils pas en train de nous lâcher insidieusement ?

Nous trouvons un «abri» ultra ventilé dans une espèce de maison et y reposons nos corps endoloris et nos têtes fatiguées.

Jour 6

Une fois n’est pas coutume… Le vent est… de face. C’est d’autant plus vexant, frustrant que nous nous étions attendus à l’avoir dans le dos !

La route est rose, jaune, verte, marron, ocre…poussiéreuse. Les voitures nous klaxonnent mais nous aimerions plus qu’elles ralentissent ! Nous sommes obligés de nous arrêter afin d’amoindrir le peeling gratuit que nous offrent les camionodocus. Nous en avons jusque dans les chaussures !

De nouveau sur notre terrain de foot, retrouvant nos copains lamas… Le vent ne faiblira pas et nous monterons la tente, une tempête de sable l’envahira ! Ecole au sauna sous la toile, les joues rouges, les yeux fatigués et les esprits absents…

Jour 7

Aaaarrrgggg… On craque. Déviation. Un ouvrier du chantier ne veut pas nous laisser passer malgré nos supplications (d’habitude, il n’y a aucun problème). « Non, non, il n’y a pas de sable ! » Tu parles !  On s’est retrouvé sur une piste du Dakar ! « La prochaine fois, on leurs donne nos vélos et ils verront si il n’y a pas de sable !! » Après la pause méridienne le long du rio colorado (à défaut de la laguna colorada), Marjo nous lance : «Gros plateau, petit pignon et rendez-vous à Uyuni dans une heure ! » Il ne restait que 16 malheureux km…

Rafales à 70 km/h. A force de pauses bonbons réconfortantes, de chansons aux paroles modifiées inspirées par les sensations du moment (chante ta haine !), nous touchons au but après plus de 2h.

J’avais lu des récits de cyclos dans le Salar d’Uyuni qui disaient que l’immensité blanche procurait un sentiment de solitude même en voyageant en groupe. Chose vraie mais je trouve qu’elle est d’autant plus vérifiable lorsqu’Eole fait son show !

 

Retour sur cette semaine

 

                    « On voulait voir le sud…

                    Le vent souffle longtemps…

                    Les routes sont défoncées,

                    La poussière dans le nez ! »

 

 

 

Le sud gardera ses couleurs et ses mystères. Nous sommes arrivés à ses portes seulement. Nous voulions, pressentions, de l’aventure, nous en avons eu pour nos frais : plus psychologique qu’autre chose, nous avons mis nos résistances à rude épreuve ! Nous avons été récompensés tout de même par la beauté des paysages, la sympathie des habitants et la promiscuité des animaux…