Bon , d'accord, nous avons pédalé, pédalé et encore pédalé sans écrire… Veuillez nous en excuser !!
Petit récapitulatif de nos turpitudes sur l'altiplano.


Titicaca
Après avoir quitté Juliaca, nous sommes partis sur la rive gauche pour rejoindre un village, Pusi, afin d'y faire une histoire. « Ah non, ce n'est pas possible. Nous avons repris l'école depuis 1 semaine après 1 mois de grève, il faut rattraper les cours. Aucune activité différente des cours n'est acceptée. » Ok… Nous tenterons notre chance à Lima, lors de notre escale avant de prendre l'avion.
Le passage en Bolivie se fait par les hauteurs, perdus dans les montagnes. Nous avons plus l'impression de faire du VTT que du cyclotourisme ! Le vent nous fouette, le froid nous mord, les montées nous rapetissent… La route pour Copacabana est éprouvante : pluie quotidienne, diluvienne par moment, nous nous retrouvons souvent arc-boutés sur nos montures afin d'apporter un minimum de résistance au vent. Nous trouvons néanmoins toujours un abri pour dormir et la tente sèche assez rapidement lorsque nous la ressortons aux premiers rayons de soleil.
Le long du lac, nous apprécions les embarquements réalisés a partir de Totora, le roseau dont se servent les boliviens. Ils construisent même des iles flottantes.
Pause anniversaire à Copacabana, un tour de pédalo sur le lac, sous les regards attentifs de la Pachamama et du Pachapapa. Nous nous retrouvons au milieu de touristes déchargés sur la place ou sur la plage, les restaurants offrant des spécialités typiques … d'Italie, à la grande joie des enfants ! Une fois sur nos vélos, nous rencontrons et discutons plus facilement avec les gens du cru !
Dernier jour de pédalage le long du lac qui prend des airs marseillais. La pluie nous  retrouve après 2 jours d'accalmie, vers 14h30 tous les jours, refroidissant tout. Température ressentie ? 5 degrés… Le vent est tellement fort -et froid- que nous suivons les conseils d’Alix et faisons «un dernier hôtel péruvien». Au regard des mouvements des rideaux et du chant éolien, nous sommes bien contents d'avoir un toit sur nos têtes !
S'en suivent des étapes particulières pour arriver sur l'altiplano.
A Ayacachi, nous forçons les barricades, la ville est ‘fermée' depuis 1 mois : le maire a fait fermer les magasins, il n'y a plus d'école, les habitants réclament justice mais le gouvernement ne veut rien entendre et la tension est palpable. Nos enfants seront choqués de cette situation et nous devrons expliquer longuement…
Journée sans fin pour arriver à Viacha, après de multiples crevaisons : 3 vélos sur 4 seront à plat. Comme tout a une fin, nous serons confortablement installés dans un centre ecclésiastique pour la nuit, histoire de récupérer !


L'altiplano
La ruta 1 de Bolivie fait la chenille, monte et descend, cassant la routine. Nous ne voyons plus les grandes chaînes de montagnes, aux pics enneigés. Il n'y a plus que des collines de part et d'autre de la route mais suffisamment hautes pour que nous n'ayons pas envie d'y grimper ! Un coup de vent à  gauche, un coup de vent à droite, un coup de vent arrière, « vite, c'est le bon moment pour décoller ! » mais 2 minutes plus tard, il vient nous lécher le nez !!! Les abords des routes sont invariablement dévoués aux plantations de sacs plastiques, aux carcasses de chiens et autres poubelles de petits boulons et ferraille, peu appréciés par nos pneus. Parfois il faut même penser à ne pas regarder ! Une Bolivienne, armée d'un grand couteau plein de sang, découpe du mouton :  « Ohlala, jamais on verrait ca en France, chez nous, les moutons vont dans une battoire ! » s'écrie Alix.
Le moral descend, inversement proportionnel à la force du vent. Parfois, 10 kilomètres sont de trop et tirent sur la carcasse. Dans l'équipe, il y en a 2 qui se moquent des distances parcourues et 3 qui se doivent de dépasser les 30, au minimum, et si on passe les 50, c'est le smile ! Mais la, dans la pelouse d'un centre de salud, les genoux grincent, les hanches râlent et il y en a ras-le-bol ! Un morceau de chocolat remet tout cela en place et nous donne la motivation de ressortir quelques minutes plus tard pour dépendre le linge et courir après le réchaud parti jouer avec les rafales de vent et la grêle. La tente est zébrée de blanc, le sol tremble sous nos pieds, les enfants égrainent les secondes annonçant le départ de l'orage…
Nous repartons sur la route frigorifiés -on le savait- mouillés – on s'en doutait un peu mais pas autant – mais comme souvent, lorsque l'on continue d'avancer, les efforts sont récompensés ! Nous débusquons des sources d'eaux chaudes sans touriste, juste nous au milieu de Boliviens venant là pour leur douche hebdomadaire. Seuls dans notre ‘piscine privée', nous nous délassons et apprécions de nous débarrasser de nos couches de poussière !
Notre arrivée à Oruro se fait dans la stupéfaction. Les détritus jonchent les ruisseaux d'eaux chaudes, les Boliviens viennent y faire leur lessive, une décharge a ciel ouvert nous accueille parmi les bâtiments en ruine à peine commencés. Cité minière et fière de l'être, les avis sur cette ville nous donne plus l'envie de la contourner… Mais oh surprise ! Une fois cet accueil passé, nous découvrons une ville animée, défilé des universitaires et écoliers le tout en fanfare et habits traditionnels colorés, des légendes et des statues le long de certaines avenues. Nous repartirons plutôt enchantés de cette halte.
Le temps nous est compté. En Bolivie, il faut tamponner nos passeports tous les 30 jours. Calculs d'astrophysiciens pour savoir si nous aurons le temps de faire les distances prévues pour rejoindre les grosses villes ET de ne pas  avoir d'amende pour dépassement de visa. La décision est prise, nous partons en longeant les lacs de Uru Uru et Poopó, Santiago de Huari en ligne de mire et sa production de bière. Les ‘villes' sont faites de la même façon, impression que l'endroit est désert, les rues secondaires ensablées laissées au gré du vent, des chiens et des envols de sacs plastiques. Il faut aller jusqu'au centre , au mercado, pour que la ville s'anime. Les couleurs varient un peu, le blanc arrive, signe de la présence du sel. Au loin, les montagnes qui, avec les effets miroirs de l'eau , semblent flotter.
Nous croisons des villages miniers abandonnés, parfaits pour les squatts d'un soir, des villages aux mains des lamas, ces derniers nous donnant l'impression d'avoir avalé tous les habitants ! Et parfois, il n'y a pas de village du tout ! Nous laissons passer devant nos roues troupeaux de moutons, de lamas ou de vigognes et des tornades de sable ! Pause dans un cratère de météorite et avancée fastidieuse jusqu'aux portes du salar d'Uyuni.

 

Le salar
Ça y est. Ça crisse, ça vertige, ça brille, ça brule même ! Nous pédalons sur le salar… La plus grande réserve de sel du monde, 120 m de couches de sel nous portent. C'est finalement aussi déstabilisant , l'horizon est à perte de vue et rien ne bouge. « Heureusement que j'ai mes drapeaux qui flottent et  mon compteur parce que sinon on aurait l'impression de  faire du sur-place !» dixit Lucas. Nous mettons pied à terre sur l'ile d'Incahuasi, au milieu de dizaines de 4x4 vomissant leur flot de touristes. En tant que cyclistes, nous avons le privilège d'avoir une pièce commune pour entreposer nos corps et nos affaires. Nous la partagerons avec notre papi d'adoption, Paquito, et un grand Peter, Hollanzandais. Nous apprécions le coucher du soleil sur les cactus, heure de désertion des bipèdes motorisés. L'ile est a nous ! Ou presque… Au matin, après un lever de soleil sous les yeux ravis des courageuses Alix et Marjo, nous repartons tous les 7 dans l'immensité blanche, non sans avoir répondu aux multiples questions des nouveaux visiteurs matinaux. Tels des échassiers, nous roulons de concert, savourant cet endroit et cette rencontre. Après la pause méridienne, Peter et Paquito continuent pour Uyuni, nous, nous décidons de profiter du désert et de dormir sur les écailles de tortues salées… Moments  de calme olympien, de temps suspendu, de luminosité sans pareille. Il n'y a que nous, petits points noirs gesticulant pour tenter de ses jouer des perspectives, des mises aux points de l'appareil photo, des têtes boudeuses dues aux nombreuses idées de prises de vues…
A la sortie du salar, une statue érigée pour le dakar nous arrête. Là, des aventuriers en combi nous apostrophent : « On disait de nous que nous étions fous, mais nous avons trouvé pire !! » Quel compliment ! Tous sourires, nous atteignons Uyuni, ville se faisant manger par les voyageurs en quête de tours opérateurs et par le sel qui, inlassablement, grignote du terrain. Paquito nous y attend pour partager pizzas, balades dans le marché et visite du cimetière des trains. Passé la légère  déception de ne voir que des carcasses et pas de vieux wagons, ces diplodocus de ferraille deviennent un terrain de jeu : traversée de locomotives en 6a, Koh Lanta perchées à 4m du sol, des photos trouées, des essieux a l'épaulé jeté…


Et maintenant
Nous sommes de nouveau dans l'expectative. Le sud Lipez est là, il nous tend les bras. « Nous avons eu froid, c'est super dur, n'y allez pas avec les enfants ! » message en substance laissé par des amis vient compléter les infos glanées ici et là. On tourne le trajet dans tous les sens, en souhaitant éviter le pire : pierres, sable, cols perchés et tôles ondulées… Mais le verdict reste le même : le sud Lipez est super dur ! Réservé aux sportifs accomplis et aux touristes affranchis. C'est que, ses trésors, la région les  dévoile avec parcimonie ! C'est peut être la clef de sa longévité…

 

 

 

 


Nous savons que nous allons y aller, toucher cette eau colorée, mais nous savons que les centaines de kilomètres pour faire cet aller/retour vont faire partie d'une nouvelle aventure : celle de l'autonomie en nourriture et en eau, celle des efforts physiques tant la route est ‘bonne' et l'altitude agréable pour le souffle, celle des incertitudes et du dépassement de soi.
Mais c'est cela qu'on aime alors … La suite au prochain  épisode !