Arrivée à Popayan… Après quelques grimpettes bien longues, bruyantes, tendues, usantes et une chaleur sympathique ! Sur la route, Marcelo (sa débroussailleuse) et Laurena nous invitent dans leur finca pour la nuit : pas évident de repartir tôt le lendemain, alors c'est avec plaisir que nous nous donnons rendez-vous à Popayan pour une virée aux sources chaudes de Cocomuco.

A peine arrivés a la Casa de la Bici, chez Shannon et Marcela qui nous hébergeront, nous voilà donc repartis en direction de la montagne avec nos hôtes de la veille. Le climat est tendu entre indigènes et propriétaires des sources. Si les premiers revendiquent leur appartenance aux terres d'altitude souhaitant les laisser “libres” (pas de culture, pas de bétail, pas de tourisme) mais aussi bénéficier de l'apport économique issu de l'accès aux eaux chaudes, les seconds sont détenteurs d'actes de propriétés et désirent continuer à exploiter les richesses présentes ! Résultat : prise de position et lutte à coup de cailloux, blocage de route avec quelques hordes de CRS locaux. La route est bloquée, nous ne pouvons accéder aux sources et nous nous replierons sur un restaurant libanais.


Retour a la Casa de la Bici : Shannon et Marcela ont lancé le projet de réparer les vélos des gamins de quartiers, de récupérer de vieux vélos pour les redonner… Face au succès de cette entreprise, à l'envahissement des vélos et des demandes dans la maison, ils ont décidé de former des jeunes dans chaque quartier pour qu'ils prennent en main les réparations, développent leurs compétences, acquièrent de la confiance en eux et trouvent des solutions par eux-mêmes.

Un tour en ville pour voir cette “ville blanche”. “Si les murs étaient d'une autre couleur, les gens ne seraient pas détendus comme ca !” C'est vrai que la luminosité est réverbérante, rebondissante de murs en murs et que les gens sont paisibles. Découverte des tamales de Pipian (pommes de terre écrasées avec du concombre et de la sauce de cacahuète), des glaces de Paila (procédé traditionnel particulier qui donne aux glaces toute la saveur du fruit, impressionnant), pont de l'humilité, tour de l'horloge,  théâtre, ah non, ça c'est l'église de l'Hermitage… et maintenant nous sommes revenus au pont… tiens, la maison de Caldas… Aaaarrrggg ! Vive les rues perpendiculaires et les murs blancs, aucun point de repère !

Virée nocturne de 20 km avec le groupe de la casa de la bici, environ 200 personnes, et gros dodo !

Nous laissons nos bicis entre de bonnes mains pour ‘partir en vacances’. Au programme : Tierradentro, désert de Huila, San Agustin, le tout en mode rando.

A Tierradentro, nous découvrons les tombes “Hipogeo”. Les indigènes ont creusé un puit de 4 a 6 m de profondeur pour accéder à la chambre funéraire par le biais de grandes marches. Les colonnes et piliers des chambres sont peints et sculptés.

 

 

A Huila, ce sont les déserts qui nous ouvrent leurs bras. Nous nous perdons dans celui de Cusco, le rouge, au milieu des cactus, chacals et colibris, sureillés de près par les vautours. Et comme une fois n'est pas coutume, nous nous perdons aussi dans celui de Los Oyos, le gris ! Mais cette fois ci, nous avons plus le temps de nous sentir aventuriers : obligés de monter sur les hauteurs pour tenter d'appercevoir des signes de vie humaine… Mais nous ne voyons que le soleil qui poudroie et les cactus qui verdoient… Nous trouverons la sortie grâce à quelques vieilles empreintes de vaches !

 

 

A San Agustin, la brume nous enveloppe, nous bloque le regard, la pluie nous attend. Sans transition aucune, après les chaleurs désertiques, nous sommes un peu transits ! Nous visitons le parc archéologique avec ses drôles de statues. Utilisées pour faire les sous-bassements des maisons, pour orner les tombes, elles sont disséminées dans tout le pays, voire meme exportées illegalement. La difficulté pour le gouvernement est de les retrouver pour les replacer dans leur milieu d'origine... C'est encore un travail titanesque que nous voyons : les statues de 3 m de haut pour certaines, des sortes de dolmens, des canaux d'irrigations creusés dans la pierre…

Avec cette escapade nous nous rapprochons d'une civilisation vieille de 6000 ans. Nous bataillons un peu avec les enfants pour leur faire comprendre la symbolique de tout ce que nous voyons, touchons (avec les yeux), le fonctionnement de la société antique, ses us et coutumes, et les vestiges que nous pouvons encore observer au 21ème siecle, les différences et ressemblances avec nos traditions européennes.

Sur tout cela viennent s'ajouter les rencontres. Les autochtones avec leurs précisions et conseils touristiques : “Allez voir cet endroit, c'est le plus beau du monde”, et les autres touristes avec lesquels nous échangeons nos expériences. Une autre pensée se place en filigrane sur tout ce que nous vivons, ressentons, découvrons. Oh, elle n'est ni nouvelle ni révolutionnaire, elle a juste le mérite de nous replacer, petits êtres humains : la chance d'être nés européens. Le droit de circuler librement, d'être accueilli partout, dans le monde entier… Le voyage nous permet d'apprécier à sa juste valeur cette liberté d'aller et venir à notre guise…

Au total, 700 km en environ 14 heures, nous avons dormi dans des petits bus, mangé dans une R9, résisté dans des pick-up. Nous avons eu froid à 3400 m, chaud à 600. Nous avons été tour à tour confiants avec certains chauffeurs (“C'est un pilote lui, hein, c'est un pilote, il n'a pas de moteur dans sa camionnette mais des réacteurs !”) et effrayés avec d'autres (“Eh bien maman, c'est limité a 70 km/h et nous roulons à 110 !”). Nous avons vu des montagnes, des barrages, des cascades, des rivières, des cactus, des villes grouillantes et des hameaux balayés par le vent. Nous nous sommes levés entre 5 et 6h chaque matin… Bref, nous sommes frais, dispos et contents pour remonter sur nos vélos ! Enfin…après une journée de repos, hein ?