Sur la route, le moyer (le port) s’éloigne au rythme des trous et nids de poules. Avec les déluges nocturnes, la route se détériore de jours en jours. Mon regard guette le ponton jusqu’ à San Pablo, les maisons faites de bric et de broc en premier plan, donnant un aspect de bidon ville sur fond paradisiaque. Dans ce décor, une grande mère se lave les cheveux au bord de la route…

Peu de temps après, dans un virage, les restes caillouteux d’une rivière asséchée. Les méandres sont accentués par le travail de titan des jeunes et moins jeunes, creusant le sol pour en extraire le sable. Des tamis posés tous les 20m, des guérites de fortunes bâchées, des sacs remplis a ras bord, des enfants peinant sous le poids, j’ai l’impression d’être devant une mine. Un battement de paupières plus tard, le paysage fait place à la forêt abrupte, aux cannes de mais, aux avocatiers gigantesques au milieu des cacaotiers et autres bananiers. Des petits fagots de bois disposés au bord de la route nous rappellent que le feu est vital dans bien des familles, la cuisine se faisant dessus.

Quelques virages plus loin encore, San Juan et le lac sont vraiment derrière nous. Nous gravissons la montagne, secouées comme des prunes à l’arrière du véhicule. Je garderai, incrustées dans la rétine, les venues matinales du colibri dans les orchidées pendantes, face au lac majestueux.

Le lendemain, lors de notre halte, nous nous installons sur un terrain de foot, défoncé, au rythme des grosses caisses, des caisses claires et des lyres : des écoliers s’entrainent pour la semaine festive à venir. Une balade plus tard, au coin du feu, les voisins se joignent à nous avec des tortillas, des bracelets, des buches, et des paroles !!! Au petit matin, les enfants viendront nous dire au revoir en partant à l’école, prenant Alix en photo au saut du lit (pour une fois, elle s’est préparée en même temps que nous !!)

2 jours plus tard et une ascension longue et pentue de 7km, Antigua nous guette à l’angle d’un virage. Elle se découvre timidement au départ, notre regard étant fixé sur les pavés («Quand c’est à ce point là, c’est plus des pavés, c’est des gros gadins !! » lancera Philippe). Nous aurons l’occasion à maintes reprises de profiter de cette ville colorée, bariolée, aux rues taillées à l’équerre (Lucas était ravi !!), vivante et pleine de décors cachés puisque nous y restons 10 jours ! Nous en profitons pour déambuler un peu tous les jours et découvrir la face cachée des monuments qui nous montrent soit  une façade décrépie, soit juste la façade, la plupart des gros bâtiments de cette ancienne capitale ayant été détruit lors du dernier tremblement de terre en 1773 !

Une ascension au presque-sommet du volcan Pacaya pour nous dégourdir les cuisses, sans l’effet pingouins cette fois ci ! Des taxis nous attendent après la caisse, proposant leurs services pour rendre la montése moins pénible : ils ont 4 pattes, une crinière et une selle. Ecologiques et paisibles, ces chevaux ne klaxonnent pas pour nous dépasser ! N’ayant que 1h30 pour arriver à la plage de lave, nous grimperons tranquillement malgré les sollicitations des guides ! Grignotage de chamalows cuits à la chaleur du volcan et redescente. Une petite virée de 5h30 à 15h, le reste de l’après midi sera au ralenti…

 

Nous faisons un aller-retour express à Tikal. Marjo se consacre au yoga matinal, séances de ciné, retrouvant un rythme de cowgirl solitaire. De notre coté, nous partons le soir, en shuttle, les chauffeurs se perdant dans Guatemala city, pour prendre un bus à 2 étages !

Débarquant à 6h à Flores, nous reprenons un autre mini bus pour 1h30 : la forêt protégeant les pyramides de Tikal sont à nous. Sans exagérer, nous avons vraiment l’impression d’être seuls au monde ! Il n’est pas encore 9h, et nous passons du Grand Jaguar au temple des masques, du monde perdu au temple du serpent bicéphale, appréciant la vue sur la canopée, découvrant les techniques d’ascension des pierres pour la restauration de ces grandes dames cajolées et protégées grâce au moteur d’une moto de cross !

Le domaine de Tikal fait partie du patrimoine de l’Unesco depuis 1979. Au milieu du parc national de 570 km2, nous observons les coatis, les minis lézards (de la taille d’une phalange), des singes araignées qui tentent de nous assommer avec des branches mortes lorsque nous passons sous les arbres !

A 15h la navette nous attend pour nous ramener à Flores ou nous apprécions cette petite ile pendant 5h, heure de départ pour Guatemala city. Une nuit mouvementée, le chauffeur se croyant sur un circuit de course, roulant à gauche pour éviter les trous de la route, se rabattant au dernier virage, freinant brusquement aux tumulus (dos d’ânes), accélerant pour doubler, bref, lorsqu’on est au 2eme étage, on a plutôt l’impression d’être dans un bateau une nuit de tempête !!

A 6h, on re-saute dans un shuttle pour Antigua et là, au lieu des 45 minutes, on restera plus de 2h coincés dans les bouchons. Apparemment, suite à une tentative d’extorsion de fond auprès d’un chiken bus, 2 personnes trouveront la mort sur la chaussée… Le journalisme étant plutôt axé sur les faits divers avec force de précisions, les scènes restent libres d’accès beaucoup plus longtemps que chez nous !!

Après 48h de voyage et découvertes intensifs, nous passerons les 4 derniers jours au Guatemala à rechercher des cartons, faire les cartons, visiter, garder les séquences scolaires quotidiennes et préparer nos premiers jours en Colombie !