Aux dernières nouvelles, Marjolaine et moi nous nous étions transformées en pingouins… Les cuisses remises nous avons pu gambader dans les ruelles de San Juan La Laguna pendant 2 semaines. Les rues sont à l’image du décors qui nous entoure : renversantes ! Un dénivelé à faire peur, chaque pas nous vidant de tout notre air si la cadence est trop rapide ! Au moins, les boutiques accrochées à la rue principale sont bien placées : les touristes qui montent prennent le temps d’admirer les tissus et autres œuvres d’art du village.

Chaque village a ses propres couleurs vestimentaires, nous le découvrons lors d’un dimanche de balade autour du lac. Si San Juan est rouge, San Antonio Polopo est bleu. Ce dernier vit au rythme du tissage. Chaque boutique a son métier à tisser, 7 ans d’apprentissage ! Je reste impressionnée par la dextérité de ces femmes, assises ou à genou, à faire courir ou voler les fils, sans faire un seul nœud, sans écart entre les fils, créant les motifs au fur et à mesure. Tout un langage qui ne veut pas s’imprimer en moi ! Je ne sais pas pourquoi je reste autant hermétique aux paroles des fils et aiguilles … Les vendeurs sont plus accrocheurs et les propositions de prix influent en fonction du nombres de pas : plus tu t’éloignes plus le prix baisse ! Au milieu des couleurs, des habits traditionnels, des nappes, des bracelets … Difficile de voyager en vélo ! La frustration est grande et pas toujours acceptée de la part des enfants…

 

Ce village est aussi réputé pour sa céramique, atelier que nous visitons. Le four est rustique, les arrivées de chaleur à portée de main, ou de mollets plutôt ! Nous passons par les 3 pièces : les moules et le four, la peinture (tous les dessins sont fait à partir de points et de lignes, exercice à travailler dans vos cours de peinture !) et les pigments qui changent de couleur avec le séchage (les pinceaux en poils de chiens parce que le synthétique ça ne résiste pas à la puissance des pigments !) et la salle de séchage ou hiboux côtoient verres, tasses, assiettes et bols. Tout petit atelier coincé dans une ruelle en escaliers, ne payant pas de mine mais regorgeant de beautés artisanales.

Notre virée en lancha se termine par Santiago Atitlan, village de marchés, de boutiques, de sacs, de draps de lits et vêtements. Le lac faisant un bras entre les montagnes à cet endroit, le vent s’y engouffre à la grande joie des kite-surfeurs.

Nous irons à San Marcos rencontrer les amis de Marjolaine vivant dans les hauteurs du village. Au fur et à mesure des années, le lieu est devenu réputé pour les stages de yoga, de méditation et autres développement de soi parallèle. Il y en a tellement que c’en est trop et s’éloigne de l’esprit de la pratique. Par exemple, la pratique du yoga et de la méditation vous sont proposées dans un cadre entouré de grillage et barbelés !

Bref, chaque village bordant le lac a son ambiance : pour la fête c’est San Pedro, si tu es malade et très riche, tu peux aller à San Pablo en regardant les habitants partir je ne sais où pour se faire soigner, si tu veux du tourisme à gogo il faut partir sur Panarachel… Un panel de possibilité pour un lieu particulier… Le lac d’Atitlan a le pouvoir de se filtrer tout seul grâce à ses pierres volcaniques, au tulle, plante aquatique que les associations de pêcheurs replantent quotidiennement ; mais qui doit redoubler d’effort pour maintenir son équilibre. Si les habitants et les pêcheurs prennent conscience de la fragilité de leur lac, des espèces de poissons invasives sont arrivées et comme d’habitude, mange tout… L’espérance est de rigueur pour ce lieu magicomaya oú les cultures sont omniprésentes. 3 des 20 dialectes mayas sont parlés autour du lac (Quiche, Tzutujil et Kaqchikel), les symboles mayas dessinés partout, les cérémonies et témascals sont dans l’organisation des familles au quotidien, les habits traditionnels portés aussi par les hommes (pantalon ¾ blanc pointillé de noir avec une large ceinture bariolée et une chemise). La force tranquille de ces habitants viendrait elle des volcans qui les voit vivre ? Atitlan, Toliman et San Pedro ont les pieds dans l’eau et la tête dans les nuages, gardant les nappes de brumes, jouant avec la lumière et les légendes de la région.

Nous aurons un aperçu aussi de ces histoires en allant travailler auprès d’enfants porteurs de handicaps. Les professeurs du centre Alma de Colores accueillent petits et grands et les accompagnent dans les apprentissages, dans les rythmes du quotidien, développent les compétences de chacun au travers de la musique, de l’expression corporelle, des cours aussi ! Ayant été sensibilisées dès notre plus jeune âge aux différences qui peuvent exister entre chacun de nous, nous nous sommes très vite acclimatées aux enfants, et réciproquement ! Après la création de l’histoire, des dessins, nous avons du adapter la représentation : nous avons choisi une histoire courte, celle du Jardin des CP de l’école de la Poterie, nous avons refait des dessins (quasiment un par animal, légume, phrase…) et Alix et Lucas se sont transformés en mimes. Séquence animée ! « Est ce que l’histoire vous a plu ? Naaan !! Ah bon ? On ne la lit pas une seconde fois alors ? Siiiii ! »

Journées fatigantes mais remplies de sourires, d’attention, de petites choses à garder comme l’insecte des maths (pour Moise qui n’aime pas les maths mais adoooore les insectes) et des plus grandes comme la patience des éducateurs et leur tranquillité …  

En parallèle, nous sommes allés lire dans la bibliothèque, dans l’école pour 6 classes en même temps (à 7h30 !!) et dans le village de San Marco pour une dizaine d’enfants de la famille que connait Marjolaine. Un échange a eu lieu également à Santa Clara mais nous ne repartirons pas avec une histoire, le principe du Kamishibai n’ayant pas été bien compris !

Le jour de notre départ ayant été repoussé plusieurs fois, Lucas annoncera que « C’est la magie du lac, elle va nous garder prisonnier ici toute notre vie… Mais c’est pas mal comme prison !! » Mais bon, comme tout a une fin, un pick up est venu nous chercher et l’heure des aurevoirs d’avec Rolando, Maya et leur bébé inévitables… Nous sommes partis chargés de leurs demandes de précaution, de bisous, d'un cœur de cacao ; leurs sourires et attentions dans nos têtes et nos cœurs !