Transport tout confort de Santa Cruz à El Alto, ville collée à La Paz sur les hauteurs, à 4090m d'altitude. Nous sommes accueillis par le vent (pour changer), la pluie puis la grêle ! Après les chaleurs tropicales du centre de la Bolivie  on se sent un peu groggis et engoncés dans nos k-way ! D'ailleurs, la route vers Laja sera plutôt un calvaire pour Lucas : il faut ré-habituer le corps à produire un effort à cette altitude ! Les portes ouvertes de l'église du curé polonais de Laja seront les bienvenues…

Nous plongeons pendant 2 jours dans le tumulte de la capitale, impressionnés par l'empilement des maisons sur les coteaux et leurs escaliers. Alix, confortablement installée dans un œuf du téléphérique donnera de la voix en encourageant les familles engagées dans ces véritables sentiers de pénitence tant la pente est rude !

 

 

Si nous croisons des maisons des maisons en carton dans certains quartiers, des immeubles de plus de 45 étages, nous cherchons, le nez en l'air, les « cholets » (contraction de chalet et de cholitas, femmes tenant une échoppe au marché ) maisons posées sur le toit d'immeubles vendus des millions aux familles aisées. Finalement, El Alto était la banlieue malfamée de La Paz et devient peu à peu lieu de résidence pour riches.

Déambulation de la place Murillo avec ses pigeons, au Musée del Arte en passant par la calle Jaen, hors du temps. Nous découvrons le peintre Mamani ultra connu pour ses fresques murales. Son style se reconnaît bien et bientôt nous en voyons partout ! Apprenant sa tendance à faire travailler de jeunes artistes « gratuitement » et n'oubliant pas de se faire payer grassement, nous sommes un peu déçus !

Au marché des sorcières nous admirons, à coups de petits regards, les fœtus de lamas, utilisés lors des cérémonies comme offrandes, les fioles d'essences en tout genre, des sachets apportant force et vitalité…

 

Balade dans la vallée de la lune où la sédimentation du 2ème et 3ème millénaire a laissé des pierres à moitié en lévitation en haut de colonnes de sable, sculpté l'endroit de façon originale. Enclave dépaysante au milieu de la ville.

Pour rejoindre Laja, la ville fondatrice de La Paz en 1548, le soir, c'est épique ! Nous cherchons désespérément des collectivos, marchant d'un lieu à un autre, de nuit, attendant un véhicule salvateur !

Et c'est reparti pour notre ultime quinzaine en vélo ! Direction la frontière péruvienne et le lac Titicaca que nous longeons rive gauche. Halte à Tiwanaku, un site archéologique mettant en exergue la civilisation andine du sud du lac. Alix et Lucas partirons visiter la porte du Soleil, celle de la Lune, les murs aux têtes sculptées, nous attendrons à l'extérieur du site. Habitués à payer 2 fois plus cher que les locaux, nous nous prêtons au jeu ; mais 5 fois plus, nous refusons ! Ce sera l'occasion de rencontrer Miguel, un globe trotteur fort sympathique qui servira de babysitter pendant la visite !

Passage de frontière rapide, avec les traditionnels avertissements des locaux concernant les voisins. C'est toujours pire de l'autre coté ! Ce qui nous fait avancer vite, ce sont les cévichés qui nous tendent les bras ! Nuit particulière dans une salle d'accouchement dans une aile neuve d'un centre de santé…

Avec le décalage horaire, nous sommes sur nos vélos à 7h30. Ce coté du lac nous avait été dépeint comme moins beau, plus éloigné du lac, plus circulant… Finalement, les 2 cotés se valent ! Moins sauvage, peut être un peu moins de côtes, mais le vent dans le nez, que l'on pédale vers le sud ou vers le nord ! Aaaah, le vent de l'altiplano, tout un poème. .. ou une sinécure !

Les klaxons résonnent souvent dans nos têtes une fois les vélos posés et la tente montée. Entre les préventifs, les encourageants, les pousse-toi-de-là-que-je-passe, nous sommes servis ! Mais il nous reste l'impression que les chauffeurs ne sont pas agressifs, même s’il leur pousse un klaxon sous les doigts !

Nous enchainons 2 étapes de plus de 70km pour rejoindre Puno. Le matin de cette seconde étape commençait bien. Pendant le rangement, les enfants partent jouer sur les blocs rocheux qui nous entourent, casques, équipes comme des -faux- alpinistes, la connivence et la fraternité au plat du jour. En bons parents laissant leurs enfants s'épanouir au grand air, ne distribuant pas les « attention, tu vas te faire mal », respectant le développement de la confiance en soi, un tantinet négligents peut être… Nous nous affairons à nos gestes quotidiens de vaisselle accroupi, depliage de tente, de remplissage de sacoches et autres chargements. Un coup d'œil de temps à autre, une oreille tendue, des rires entendus, tout va bien. Puis l'heure de partir est là. Quelques appels, pas de réponse. Il faut sortir les yeux de lynx pour les distinguer, tout au loin… Je me rapproche, ils sont loin… Je comprends qu'Alix est coincée… Je suis toujours sereine revêtant mon habit du GRIMP… Mais plus je m'approche, plus ma sérénité s'évanouit, laissant la place à une angoisse grandissante, une peur bien réelle… Mais je monte les chercher, sur une crête qu'ils ont parcouru à califourchon, perchés à 6m si l'on regarde à gauche, 8m d'à pic si l'on regarde à droite. Ayant une fille qui ne tétanise pas et un fils suffisamment fier de soi pour se débrouiller lorsqu'il sait qu'il est allé trop loin, nous nous sortons de cette situation périlleuse, tous concentrés, le serrage de dents en plus pour moi. Chaque jour, je pensais au risque que nous avions à parcourir des dizaines de kilomètres, je n'aurais pas pensé que je pouvais les perdre lors d'un matin tout tranquille… Je leur avais juste préconisé de ne pas grimper sur les blocs à l'ombre pour ne pas glisser… Ils m'ont écoutée ! Autant dire que lorsque nos pieds ont été sur terre, l'effusion a été forte et j'ai mis quelques kilomètres pour reprendre une respiration normale et faire cesser le tremblement de mes mains. N'oubliez pas de vivre chaque jour comme s'il était unique, tout peut arriver si rapidement…

Sortie de Puno, ça pique les poumons, ça grimpe sévère ! Même si un habitant nous indique les pentes les moins raides… Traversée de Atuncolla et ses maisons en pierre, toits de paille et entourées de murs, uniques dans la région. Visite des Chulpas de Sillustani, des grandes tombes pouvant mesurer plus de 8m dans lesquelles étaient enterrés les gens de la haute société avec leurs biens.  Baignade -lavage dans le rio -frais qui nous a suivit toute le journée, serpentant comme nous au pied des montagnes. Entre lui et nous, un chemin de fer. « J'aimerais bien être un train, on n'aurait pas besoin de monter et de descendre comme ça ! » (Alix)..

 

Une fois quitté la rivière, le topo était simple : on mange dans 30km, on se lave à la lagune et on en profite pour faire le plein d'eau, on roule pour faire 43 km et on s'arrête à 15h30 pour l'école. Pause à la lagune à 22km qui est en mode sable mouvant, il faudra faire un détour d'une demie heure pour avoir un accès ‘praticable' pour remplir les poches d'eau… Nous attaquons les 7km de montée avec, en apothéose, un vent furieux nous cueillant à 4413m d'altitude et nous désarçonne. Je finirai arc boutée sur le tandem, finissant régulièrement dans la glissière de sécurité ! Finalement, pause dodo à 17h, pas d'école, 34km de fait et en plus, l'eau est salée…

Passage de cols, 4413, 4444, 4528m… Vertiges, nausées, mal des montagnes ? Mal du retour ? A mesure que nous gravissons les cols nous rapprochant d'Arequipa, je mâche les feuilles de coca, histoire de me donner des forces, l'estomac en vrac, les muscles réclamant du carburant… Je suis en mode machine, galérant près de 5km derrière Marjolaine et Lucas. Nous échappons à la ‘guillotine’, un bout de bois de 1,50m dépassant d'un camion… Je suis déçue de vivre mes derniers jours de vélo pliée en deux !

 

La dernière étape se fait avec 50km de descente, on fait la course avec les camions, le vent nous permettant de ne pas faire chauffer les freins ! Nous serrons les fesses aussi lorsqu'ils nous doublent, euh, nous tassent sur le coté, nous permettant d'admirer la vue surplombante sur la vallée de plus près... Et dans cette région minière, les va et vient des convois son nombreux… Enfin, Arequipa est en vue, entassée aux pieds des volcans Misti, Chachani et Pichupichu. La route est accueillante : interdit aux cyclistes ! Ben voyons…

Nous en faisons fi et rejoignons la Cuna Llosa, la crêche qui nous ouvre ses portes, sa cuisine, la cantine et le dortoirs des 2 ans ! Pied à terre, home sweet home pendant les quelques jours nécessaire à la création de la dernière histoire. Reçus comme des rois, nourris, chouchoutés, le 8ème conte du continent est dans nos sacoches, les sourires dans nos cœurs.

Après une lecture spéciale pour les enfants de maternelle, nous sommes prêts à entamer la dernière semaine de notre aventure…

 Tente réparée… vélos nettoyés… habits lavés… A chaque fois nous sommes impatients d'enfourcher nos montures vers l'inconnu mais il nous faut nous séparer de la quiétude rassurante et des commodités du cadre de l'hôtel ! Généralement, dès les premiers kilomètres, nous sommes de nouveau en mode aventuriers et accueillons l'imprévu les yeux grands ouverts… Une ville figée dans le temps, lorsque sa mine fonctionnait encore… Une descente de 70 km… Des formations géologiques, la nature revêtant son habit de scène bariolé avec du rouge, de l'ocre, du violet, du jaune, du gris, du mauve, du banc…

Bon , d'accord, nous avons pédalé, pédalé et encore pédalé sans écrire… Veuillez nous en excuser !!
Petit récapitulatif de nos turpitudes sur l'altiplano.

Nous décidons de rejoindre Pasto en quittant la panamericaine : à peine plus de kilomètres, des montées un peu plus accentuées mais beaucoup moins de trafic. Somptueux ! Les paysages sont magnifiques, magiques… Nous voyons les vallées s'ouvrir au détour d'un col, à la fin d'une ascension  et c'est toujours un moment particulier que de pédaler là, au milieu de cette chaine de montagne, dans l'immensité… après les cols, c'est toujours pareil : on admire la vue, on en profite, on récupère. Ensuite, il faut lutter contre les bourrasques de vent, ne pas se laisser entrainer par la vitesse au risque de ne pas pouvoir freiner a temps pour éviter les glissements de terre qui encombrent toute la chaussée ! Lucas devient de plus en plus sur de lui et c’est éprouvant de le voir se pencher dans les virages, chercher l'aérodynamisme pour rattraper sa tata, faire la course avec les moto taxis !

Nous nous faisons doubler par un couple de cyclo partis depuis l'Alaska. 17000 km à leur compteur. Lucas est envieux mais Vince lui tape dans la main et lui dit que ce qu'il fait c'est génial !

 

Entre les pauses du peloton de tête, la marche à pied d'Alix quand vraiment je n'en peux plus, les cadeaux du jour, les cowboys qui transfèrent le bétail, les encouragements du bord de route, un repas offert alors qu'il n'y a rien d'autre que la route qui grimpe, les découragements face aux indications que l'on nous donne, nous arrivons aux portes de Pasto. Nous aurons juste pris une mini camionnette pour faire 15km, les articulations et le moral en berne… Les émotions sont multiples dans ces moments là : soulagement, réconfort puis peur : la porte arrière s'ouvre dans les virages (nombreux et serrés), et entassés comme nous le sommes nous avons peur que l'un de nous se retrouve sur le bitume ! Dans ces cas là, les journées comptent triple !

Pause d'un jour pour faire une petite virée au canyon de Juanambu que nous avons aperçu dans la montée. En 1810, les espagnols se retrouvent bloqués et mis en déroute par les hommes de Bolivar. Nous grimpons jusqu'au mirador creusé dans la falaise et imaginons aisément les attaques de pierres et de canons depuis les hauteurs du canyon ! En 1866 un architecte italien commence la construction d'un pont enjambant la rivière : il rencontrera beaucoup de difficultés, manque de matériaux, conditions climatiques… et le pont sera plus grand et plus long que prévu ! Il ne résistera pas longtemps aux attaques du courant et il ne reste aujourd'hui plus qu’un bout d'arche…

 

 

A Pasto, nous sommes accueillis chez les parents de Marcela de la Casa de la bici de Popayan pour une semaine tout confort ! Ils commencent par nous installer l'eau chaude et nous finirons choyé comme leurs propres enfants ! Visite a la Laguna de Cocha, un village aux allures de bout du monde avec des maisons en bois sur pilotis, des barques, une température de 7 degrés… Nous allons tous les jours dans l'école de San Pedro la Laguna, petit village voisin de Pasto, ou nous faisons un atelier conte. Les élèves sont enjoués, curieux, nous posent des milliers de questions, prennent Lucas et Alix pour des jeux endiablés … Les échanges vont bon train avec l'équipe pédagogique également, c'est un vrai plaisir que de partager ces moments !

 

 

Petite grimpette sur le volcan Azufral à 4000m. Le temps est blanc, le vent nous pousse et cherche a nous faire tomber, coupant le souffle d'Alix ! Un peu fatiguée, elle nous annonce « c'est malin de vouloir faire comme votre père, aussitôt qu'il y a un volcan, il faut que vous montiez dessus ! » Lu galope devant, il teste ses nouvelles chaussures. Seuls au monde, nous descendons dans le cratère, plongeons nos doigts gelés dans la rivière a 70 degrés par endroits ! L'odeur de souffre est caractéristique, le décors est lunaire, et de la Laguna Verde nous ne verrons pas grand chose … Mais suffisamment pour apprécier la couleur verte de l'eau, le jaune des cailloux et assez pour nous sentir explorateurs !

Nous terminons notre périple colombien à Ipiales et au sanctuaire  de Las Lajas. Encore un monument impressionnant, coincé entre 2 falaises… Nous sourions en regardant les vendeurs de bouteilles, il y a du Lourdes dans l'air !

Nous avons fait durant ces quelques semaines, des découvertes gustatives : mazamorra (boisson de lait et mais), lait-brandy, glace au fromage, mamonzillo (fruit cousin du litchi, le gluant en plus !), glace de Paila, ovaldre (comme un pain pita frit ou des beignets salés), banane grillée au fromage, aguardiente chaude au fruits rouges … Mais quitter la Colombie sans avoir goute au Cuy aurait été un affront ! Outre le fait que la prononciation nous fait grandement rire et occasionne des jeux de mots légers, le manger est une autre affaire… Le cochon d'inde est empalé sur un pic et rôti, au bord de la route, seul ou en masse avec des broches perfectionnées, et nous ben… on reste avec nos regards d'européens, l'animal de compagnie et ça nous fait bizarre… Finalement, pas de grande révolution gustative pour Philippe et moi. Très fin, proche du hérisson pour mon manouche de mari, je pose mon cerveau pour gouter du bout des dents !

 

Le passage de la frontière se fait tranquillement, au rythme de la file d'attente… Nous côtoyons des Vénézuéliens tentant de vivre autre choses, des vendeurs, des familles, des touristes en bus, voiture, en vélos… Et nous sommes en Équateur ! Halte dans la ville frontalière, Tulcan, et visite du cimetière réputé pour ses sculptures de cyprès. Les montagnes, pour ne pas changer, nous amènent à pousser notre record d’altitude en vélo : 3300m. La descente n'en fini plus et la chaleur revient avec… les moucherons assoiffés de sang !! Pédaler en se tapant les jambes, les bras, veiller à ne pas se faire piquer n'est pas de tout repos !

Peguche et sa cascade, Cayambe et les processions musicales, Guayllabamba et le luxe des pompiers, nous passons dans l'hémisphère sud juste avant notre arrivée – infernale – a Quito. Notre dernière étape équatorienne aura été bien éprouvante : montée de 25km, tu crois que tu as fini mais non ! Encore 10 km dans la ville, 3 voies à gauche, 2 voies à droite, des voitures partout, une mini tornade qui nous accueille … « Je déclare Quito comme la pire entrée de capitale ! » lancera Marjo. On se remet de nos émotions avec une bonne glace de paila, cornets faits maison et nous nous posons spour 3 jours a l'hôtel Zentrum pour faire la mise à jour de la lessive et des articles, trouver les billets de bus et visiter cette capitale perchée a 2900m !