22h, nous atterrissons à l’aéroport de Bogota après quelques déboires techniques : l’avion ayant des bruits suspects, le pilote décide de retourner au parking. Et une nuit dans un hôtel 5 étoiles, une ! Nous décollerons 24h plus tard, frais et dispos !
L’ensemble de nos bagages récupéré, nous attaquons le remontage pendant que les enfants dorment au milieu du hall. La nuit sera courte et pas très agréable, les fauteuils du hall d’accueil ultra ventilé ne sont guère propices à la sieste !

Durant presque 2 semaines nous bénéficions de l’hospitalité de Guénaëlle et Frédéric, enseignants de leur état. Lucas et Alix profitent de Romain et Ema, Marjo de séances de yoga et plus cérémonies si affinités, et nous de flâneries dans la ville. Nous visitons le musée de l’or de fond en comble, des pièces de précisions aux statuettes mortuaires, des bijoux aux films mêlant musiques tribales et jeux de lumières… Nous découvrons les molas qui correspondent à de la sculpture sur tissus. Impressionnant ! Étant hermétique aux fils et aux aiguilles, je reste épatée et tombe instantanément sous le charme de ces pièces d’art ! Je me mettrais presque à la couture !

Nous enchaînons par le musée de Botero où les enfants bloquent sur son style :  « Mais même les chevaux sont gros !! ». Petit détour par le quartier colonial, Montserrate via le téléphérique et le funiculaire pour une vue d’ensemble sur la ville… Pour la balade dominicale c’est raté : tout Bogota est là et nous ne pouvons pas redescendre à pied ! Se faire véhiculer de la sorte, taxi-téléphérique-funiculaire-taxi, nous donne l’impression de n’avoir pas fait grand’chose… Alors pour effacer cette non dépense énergétique, nous partons aux aurores le lendemain pour une randonnée express : autre point de vue sur cette capitale de 7 millions d’habitants. En 1h30 nous montons, suivant les sportifs matinaux, les familles et passant les ‘check points’ policiers. Le chemin est ouvert de 6h à 10h et les jeunes faisant leur service militaire dans le corps de la police, veillent sur les marcheurs. Arrivées au sommet, un casse croute végétal, une vue panoramique et une redescente en petites foulées ! 30 min à zigzaguer entre les pierres, arbres, gens dans tous les sens… A 8h nous sommes prêtes pour attaquer cette journée, réjouies de s’être dégourdi les pattes, enchantées d’avoir traversé une pinède au milieu d’une ambiance tropicale !

Cette halte dès notre arrivée sur le sol Colombien nous permet de nous acclimater à ce nouveau pays : comme depuis notre départ, nous écoutons les conseils de chacun, ne nous déplaçons pas le soir, ne nous engageons pas dans des quartiers non fréquentables, et tentons de ne pas paniquer lorsque la conversation s’engage sur la conduite sportive des Colombiens ! Si ils sont très souriants, chaleureux et ouverts à la discussion, ils deviennent adeptes du klaxon, roulent vite et ont tendance à slalomer de façon excessive pour éviter les files qui ralentissent, le nid de poule, le vélo… Pour moi, le fait d’être dans une grande ville ne joue pas en faveur d’un retour sur les vélos de façon décontractée ! Plus les jours passent et plus je me retrouve en mode panique à bord !
Heureusement, le projet Aime ta terre mené au lycée français me permet de me concentrer sur autre chose… Nous travaillons avec la classe de Guénaëlle (grande section de maternelle) et par le biais de l’histoire, nous découvrons de nouveaux animaux comme le dauphin rose, le chiguiro… Lors de la représentation, Alix et Lucas sont aux anges puisqu’elle se fait en français !!

Nous quittons Bogota enchantés encore une fois des rencontres faites, des contes qui fonctionnent à merveille et occasionnent toujours des échanges particuliers avec les petits comme avec les grands.

Nous savons que les 400 km qui nous séparent de Medellin risquent d’être éprouvants : une des cordillères est à franchir… Nous nous disons que la centrale est la plus facile et zou, les vélos avancent tout seuls !

La première journée est une mise en jambes et donne de quoi être rassuré : une piste cyclable, des automobilistes encourageant, la visite de la Cathédrale de Sel et un repas offerts par le secrétaire du gouverneur de Zipaquira !  A l’heure où Thomas Pesquet pose ses pieds sur terre, nous nous enfonçons dans ses entrailles. Les galeries creusées à presque 200m sous terre sont impressionnantes : dire que tout a été fait à la main… Si la mine est toujours exploitée, un chemin de 1 km est aménagé pour les touristes et, une fois le chemin de croix parcouru, nous débouchons dans les salles prévues pour les messes, mariages… Les piliers polis ressemblent à du marbre, les hauteurs sous plafonds nous donnent le vertige… La fin de la visite se fait par la rue commerçante et une mini visite à propos des mines d’Émeraudes. Il y en a une en Colombie qui regorge des plus belles (brillance+pureté+couleur) ! Si le guide le dit…

Petit aperçu du carnet de bord… Samedi 3 juin. Départ 8h, pas mal. Les 19 premiers kil se font en forçant, faux plat montant. « C’est moi ou j’ai l’impression que c’est dur ? » Quand Marjo le verbalise, je suis généralement dans le rouge depuis un moment ! Mais 5 km plus loin, le raide commence, nous avançons doucement, frôlés par les camions. A un moment, nous avons cru que Marjo allait se faire toucher ! Nos cris n’auraient pas évité le drame mais ça a eu le mérite de faire sortir toute notre tension du moment… Elle a enlevé sa main du guidon tellement c’était près ! Lu décide de rouler dans le caniveau, il a raison. Pause près d’un contrôle policier. Au moment de repartir Lucas chute. Couché de tout son long sur le vélo, se prenant la béquille dans les côtes… Un des policiers vient vers nous et nous annonce qu’il y a encore 8 km jusqu’au col. Il nous propose de prendre les enfants. Nous acceptons à l’unanimité. Mais quelques minutes plus tard, les enfants nous ayant fait de grands gestes en nous doublant, le doute m’assaille et je ne suis pas fière : « Tu leur fait confiance ? – Ben oui, ce sont des policiers ! » Bon ben ok. C’est vrai que les forces de l’ordre Colombiennes semblent plus sereines que celles que nous avons vu dans les pays précédents ! Nous nous appliquons sur nos pédales et rattrapons Marjo -couleur vanille/fraise- en pause quelques virages au dessus de nous. « J’ai vu passer Alix … Mais Lucas ? » Philippe repart comme une flèche, nous enchaînons derrière. Qu’elle est longue cette côte ! Mais que de découvertes, entre le paysage montagnard, la production de lait, ses vaches, ses briques et fours fait de bric et de broc, son charbon… et son vomito de camions ! Je croise la camionnette qui redescend et le policier me demande si Marjo veut finir la montée en voiture… Ce qu’elle fit ! Je termine les 2 km en solitaire et Marjo viendra à ma rencontre en petites foulées pour me pousser. Ils nous prennent pour des fous … Ah bon ? 

Le décor est un peu comme à la maison : des montbéliardes paissent, des lacs et de la verdure, une boutique « fabrica de lacteo de la Montbéliarde », le comté en moins et les couleurs florales en plus ! Lucas se demande comment les éleveurs ont fait pour avoir des vaches Montbéliardes. Sa sœur a une réponse on ne peut plus simple : « ben facile, ils avaient des vaches, ils les ont peintes comme les Montbéliardes ! » Ben tient…

Quelques jours plus tard, c’est Villa de Leyva qui nous accueille. Ou plus précisément Marie. « Marie, ça fait un peu français, non ? Sinon on dirait Maria ! » Eh bien nous avions vu juste ! Marie, qui un jour de voyage en Amériques Centrale et du Sud, ne repartira pas de Colombie, nous attend sur le pas de sa porte. Contre menus travaux, nous avons le gîte et nous partageons le couvert, occasion de faire… des crêpes et du gratin de pâtes !! Nous devions rester 2 nuits… Mais de fil en aiguilles (encore !) : la classe de Samuel (son fils ainé) serait bien contente de travailler avec vous… (nous) Mercredi ? Je n’aime pas cette façade toute moche… On peut la peindre si tu veux ?  Y a un cours de yoga, ça vous dit… Allez zou ! Il y a une fête… Que de jours passés, entre cris d’enfants rendus à l’état sauvage, de coups de machettes donnés, d’herbes arrachées et d’ampoules allumées, de parts de gâteaux à la carotte ou au chocolat avalés ! Une famille comme on les aime, un lieu où il fait bon vivre. Nous y serions encore… Mais nous repartons affronter la ‘vraie’ montagne !

Une journée complète de montée nous attend : 1000m de positif pour plus de 31 km. Ça gère complétement coté Lucas. Nous sommes à chaque fois bluffés ! Pour les 10 derniers km, il part devant avec sa tante et ils nous mettent une bonne demie heure dans la vue ! Alix quant à elle trouve que les montagnes deviennent magiques au fur et à mesure que nous les gravissons : « On dirait bien le haut de la montagne et quand on arrive dessus, il y a comme un tas de terre encore dessus et il faut encore monter ! ». Elle testera si ses semelles de chaussures fonctionnent plus en marchant parce qu’en pédalant, ça n’est pas probant en ce moment…

Nous apprécions ces montagnes, la vue immense, vertigineuse de part et d’autre du chemin, les oiseaux faisant des pirouettes à coté de nous et piaillant comme pour nous encourager, les routes se transformant d’un coup en terrain de bi-cross, nous obligeant à monter sur les freins ou pédaler souple pour ne pas déraper… L’avantage c’est que les véhicules passent moins rapidement, et il y en à moins ! Si au Guatemala c’était ‘Ma Toyota est fantastique !’, ici nous sommes au pays des Renault ! A foison, avec un mélange de maintenant et d’y a 40 ans : duster, logan, 4L, R19, R18, … Que de souvenirs de gamines ! Et des motos. En masse.
Le Colombien semble avoir soit un 4x4 ou une Renault ET une moto sur laquelle ils transportent tout, de la débroussailleuse aux sacs de pommes de terre. Et des botte en caoutchouc. Grosse tendance vestimentaire ! Coté chic avec les bottes assorties au chapeau pour mesdames ou le jean slim petit top et bottes pour les jeunes, coté nature avec le jean de travail et les bottes. A cheval, à pied, en vélo ou moto, tous bottés ! Mais c’est en adéquation avec la météo : gros soleil matinal jusqu’à 15h, et pluie diluvienne ensuite…

Et nous, ben on se fait rincer si nous n’avançons pas assez vite ! Alors on s’enfonce dans la vallée, prenant de la vitesse grisante dans les virages, laissant la première barrière de montagnes derrière nous et atteignons rapidement le climat tropical, l’humidité et plus de 30 degrés… Encore 30 km et nous devrons repartir vers les sommets !   

Sur la route, le moyer (le port) s’éloigne au rythme des trous et nids de poules. Avec les déluges nocturnes, la route se détériore de jours en jours. Mon regard guette le ponton jusqu’ à San Pablo, les maisons faites de bric et de broc en premier plan, donnant un aspect de bidon ville sur fond paradisiaque. Dans ce décor, une grande mère se lave les cheveux au bord de la route…

Peu de temps après, dans un virage, les restes caillouteux d’une rivière asséchée. Les méandres sont accentués par le travail de titan des jeunes et moins jeunes, creusant le sol pour en extraire le sable. Des tamis posés tous les 20m, des guérites de fortunes bâchées, des sacs remplis a ras bord, des enfants peinant sous le poids, j’ai l’impression d’être devant une mine. Un battement de paupières plus tard, le paysage fait place à la forêt abrupte, aux cannes de mais, aux avocatiers gigantesques au milieu des cacaotiers et autres bananiers. Des petits fagots de bois disposés au bord de la route nous rappellent que le feu est vital dans bien des familles, la cuisine se faisant dessus.

Une fois les dernières démarches administratives mexicaines effectuées, nous partons à l’assaut de la frontière, perchée en haut d’une cote de 8km et plus. Un signe de ce qui nous attend dans ce nouveau pays !

Messilla, la frontière, une rue où les boutiques débordent dessus, transformant la remontée en véritable épreuve de slalom géant ! Le spectacle est incroyable, un brouhaha permanent, un flux de bus bruyant et incessant, une activité commerciale maximale.

Nos passeports tamponnés, nous prenons la direction de Huehuetenango, à 90km, mais de montées uniquement. Notre première étape à la Démocracia permettra à Anne-Laure et Marjolaine de partager nos contes avec des agents de la municipalité. Depuis quelques semaines, ces derniers tentent de sensibiliser les enfants à leur environnement, en utilisant les dessins muraux, les groupes de travail sur le tri des déchets, des journées thématiques… Ils les interviewent et prennent des clichés des histoires, écoutent les résumés… Quelques heures plus tard, nous sommes installés dans le « salon », salle polyvalente locale !

Après 2 jours, toujours de montées bien entendu, nous arrivons à Huéhué. Au programme, visite de la ville, montée au mirador, mais en taxi cette fois ci !

Une nuit agitée pour Lucas et son estomac (fraiche pour moi, les 2 pieds dans la rivière en train de faire la lessive) retardera notre départ pour Quetzaltenango. Une fois l’épisode terminé, nous reprenons la route, laissant derrière nous des amitiés Canadiennes et des jeux enfantins sans frontière. Et comme les bonnes habitudes sont dures à perdre, nous montons et montons encore.

Mais tout ce qui monte doit un jour descendre !

Aux dernières nouvelles, Marjolaine et moi nous nous étions transformées en pingouins… Les cuisses remises nous avons pu gambader dans les ruelles de San Juan La Laguna pendant 2 semaines. Les rues sont à l’image du décors qui nous entoure : renversantes ! Un dénivelé à faire peur, chaque pas nous vidant de tout notre air si la cadence est trop rapide ! Au moins, les boutiques accrochées à la rue principale sont bien placées : les touristes qui montent prennent le temps d’admirer les tissus et autres œuvres d’art du village.

Chaque village a ses propres couleurs vestimentaires, nous le découvrons lors d’un dimanche de balade autour du lac. Si San Juan est rouge, San Antonio Polopo est bleu. Ce dernier vit au rythme du tissage. Chaque boutique a son métier à tisser, 7 ans d’apprentissage ! Je reste impressionnée par la dextérité de ces femmes, assises ou à genou, à faire courir ou voler les fils, sans faire un seul nœud, sans écart entre les fils, créant les motifs au fur et à mesure. Tout un langage qui ne veut pas s’imprimer en moi ! Je ne sais pas pourquoi je reste autant hermétique aux paroles des fils et aiguilles … Les vendeurs sont plus accrocheurs et les propositions de prix influent en fonction du nombres de pas : plus tu t’éloignes plus le prix baisse ! Au milieu des couleurs, des habits traditionnels, des nappes, des bracelets … Difficile de voyager en vélo ! La frustration est grande et pas toujours acceptée de la part des enfants…

Des billes noires pleines de malices, de beaux sourires, des histoires incroyables, qu’il est bon de partager avec les petits mexicains !

 

Leur enthousiasme et leur compagnie nous vivifient, changent notre quotidien et permettent à nos 2 petits loustics de se confronter à une réalité bien différente de la leur.

Ont-ils le temps de jouer quand ils rentrent chez eux ?

A quoi jouent-ils dans la cour de récré ?

A quelle heure vont-ils à l’école ?

Comment se passe l’enseignement ?

Nous inaugurons le kamishibai ambulant à Yanhuitlan au sein de l’atelier Yivi où Pedro et Luisa, 2 amis, donnent des cours de dessin et de théâtre aux enfants de la communauté. Ils nous accueillent, nous ouvrent les portes de leur atelier et nous accompagnent dans l’aventure…